lundi 5 novembre 2018

Hand spinner le jouet star qui n'a rien rapporté à son inventeur


C'est le phénomène du moment. Et pourtant, la créatrice américaine, qui a inventé ce jouet il y a 20 ans pour sa fille, n'a rien gagné avec, car elle a laissé tomber le brevet entretemps.
On le voit partout, dans les cours de récré, les bureaux, les transports en commun... Le "hand spinner", cette roue plate à trois branches, est le nouveau gadget à la mode depuis quelques semaines, au point que de nombreux magasins sont en rupture de stock.

Avec un tel succès, on pourrait penser que son inventeur a touché le jackpot. Mais il n'en est rien. Catherine Hettinger n'a pas touché un centime pour sa création, raconte le Guardian qui l'a rencontrée chez elle à Orlando, en Floride. Cette mère de famille américaine a conçu ce gadget il y a une vingtaine d'années afin de divertir sa fille de sept ans.

Alors qu'elle souffrait d'un trouble musculaire, au début des années 90, elle cherchait un moyen de pouvoir jouer avec son enfant. « J'ai commencé à assembler des choses ensemble avec du journal et du scotch (...) ce n'était même pas un début de prototype ", dit-elle. Mère et fille ont fini par mettre au point ensemble une version basique de cette drôle de toupie.


Catherine Hettinger a passé les années suivantes à exposer son jouet dans les foires et à améliorer son design. En 1997, le brevet officiel du "spinning toy" lui a été accordé et le géant de la fabrication de jouet Hasbro a accepté de jeter un oeil à sa création.

Mais alors que la voie du succès semblait toute tracée, Hasbro a finalement décidé de ne pas lancer la production du gadget. De son côté, la créatrice a fini par abandonner le brevet en 2005. « Je n'avais tout simplement pas l'argent », explique-t-elle, les frais de renouvellement s'élevant à 400 dollars.

Le prix paraît ridicule lorsque l'on pense aux bénéfices qu'elle aurait pu tirer des millions de jouets vendus aujourd'hui dans le monde. Malgré tout, l'Américaine de 62 ans assure ne garder aucune rancoeur de ce tour du destin. « Plusieurs personnes m'ont dit : "tu dois être en colère !". Mais je suis contente que quelque chose que j'ai inventé fonctionne vraiment pour les gens ".

Pourquoi ce succès soudain ?
Aucune marque ne s'est entre-temps emparée de la licence. « On n'a rien vu venir, ce sont vraiment les enfants dans les cours de récré qui ont porté le phénomène ", indique Yochka de Raspide, directeur du magasin La Grande Récré à Boulogne. Il y a encore quelques années, ajoute-t-il, « beaucoup des fournisseur se sont vus proposer le produit, mais ils n'en voyaient pas l'intérêt ».

On peut effectivement se demander à quoi peut bien servir ce jouet en plastique qui, contrairement à une toupie classique, ne tourne qu'en équilibre sur les doigts (d'où son nom de « hand spinner », toupie à main). Pour son inventeure, il aurait des vertus anti-stress.

« Il y a beaucoup de situations dans notre vie moderne où l'on se sent à l'étroit, enfermé, et où on a besoin de ce genre de choses pour se calmer ", explique-t-elle, en indiquant l'avoir testé elle-même avec succès lorsqu'elle attendait son rendez-vous avec le vice-président de Hasbro.

L'objet idéal pour les enfants autistes


Les parents d'enfants autistes ou TDAH (trouble du déficit de l'attention) en particulier ont vu dans cet objet un moyen pour aider leurs enfants à se concentrer. Dès 2016, comme le rapporte le Huffington Post, ils ont été les premiers à repérer ce potentiel « fidget " (nom anglais désignant ces petits outils conçus pour les personnes hyperactives/TDAH).

En plus de pouvoir mieux focaliser leur attention pendant les cours, les enfants autistes sont devenus les fers de lance d'une nouvelle mode, avec ce jouet que leur enviaient leurs camarades. « Le phénomène s'est étendu aux Etats-Unis puis a gagné la France depuis quelques semaines », note Yochka de Raspide.

Avec ses roulements à billes, le fidget spinner peut tourner jusqu'à plusieurs minutes, ce qui en fait le jouet parfait pour les cours de récré. « Les enfants s'entraînent à faire des figures ou se mettent au défi de le faire tourner le plus longtemps possible. Ils postent ensuite leurs vidéos sur Youtube ", explique le directeur.

Celui qui parle le mieux de ce phénomène est d'ailleurs un Youtubeur, Dr Nozman. Sa vidéo explicative - baptisée "l'objet le plus satisfaisant du monde" - postée il y a un mois a enregistré près de trois millions de vues.


Ruptures de stock



Pris de court par cette toupie qui fait tourner la tête des écoliers, les fournisseurs ont eu du mal à suivre la cadence. « Là, ça fait 24h que je suis en rupture. Plus de 100 quantités peuvent être vendues dans la journée ", rapporte le directeur de La Grande Récré de Boulogne, où les toupies sont vendues cinq à dix euros.

Même situation à King Jouet où « on court un peu après le produit », comme le confiait ce jeudi Philippe Gueydon, le PDG, au micro de France Info. « On doit parfois s'approvisionner par avion car les fabrications se font en Asie. Plusieurs milliers de pièces sont vendues tous les jours sur le réseau King Jouet » en France.

Sur Amazon France aussi, les cinq premiers produits classés dans les meilleures ventes de jouet sont des hand spinner, tous proposés par des vendeurs indépendants de la plate-forme. Sur les sites de e-commerce, des modèles originaux, plus sophistiqués, commencent à se multiplier : lumineux, métalliques, multicolores, ou même en forme d'étoile ou de chauve-souris « Batman ».


Pour Yochka de Raspide, ce phénomène de cours de récré « très fort mais éphémère » va inévitablement être remplacé par un autre à la rentrée, au plus grand bonheur des instituteurs. « Des professeurs sont venus nous voir pour nous demander ce que c'était que ce truc car les enfants faisaient tous tourner ça dans la classe ", précise-t-il. Certains ont d'ailleurs commencé à l'interdire pendant les cours, un comble pour un objet censé aider à se concentrer !

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