samedi 28 mars 2015

Google accélère dans la fibre optique


Avant d'éventuellement se lancer dans la téléphonie mobile, Google poursuit ses efforts dans l'Internet très haut débit. Le moteur de recherche vient même de passer à la vitesse supérieure, en annonçant le futur déploiement de son réseau de fibre optique, baptisé Google Fiber, à Atlanta. La capitale de l'Etat de Géorgie est la neuvième zone métropolitaine des Etats-Unis, avec 5,5 millions d'habitants. Une étape importante pour Google qui s'était jusqu'à maintenant concentré sur des régions moins peuplées.
COÛT ÉLEVÉ
Google Fiber, censé être 100 fois plus rapide que les accès traditionnels par le câble, n'est pour le moment disponible qu'à trois endroits: la métropole d'Austin, capitale du Texas, la région de Kansas City, à cheval entre les Etats du Kansas et du Missouri, et dans la ville de Provo, dans l'Utah. En plus d'Atlanta, la prochaine phase d'expansion concernera les régions de Charlotte et Raleigh-Durham en Caroline du Nord et la métropole de Nashville dans le Tennessee.
Cinq autres agglomérations sont également sur les rangs pour accueillir Fiber, notamment San Jose (donc une partie de la Silicon Valley), Phoenix, Portland et San Antonio. Même si toutes ces zones sont connectées, le service ne serait accessible que pour un petit pourcentage des foyers américains. Le tout pour un coût très élevé, estimé entre 2 et 3 milliards de dollars. Et pour raccorder tout le pays ? Au moins 140 milliards de dollars, estimait fin 2012 la banque Goldman Sachs.
Le projet Google Fiber a été lancé en 2010 par le géant du Web, partant du constat que les Etats-Unis sont en retard en termes de vitesse moyenne de connexion Internet. Selon les données d'Akamai, elle n'atteint que 12Mbps (mégabit par seconde). Google promet une connexion à 1Gbps (gigabit par seconde), soit 1.024 Mbps. Dans le même temps, l'abonnement n'est pas plus cher que les offres actuelles des câblo-opérateurs: 80 dollars par mois pour Internet et 120 dollars pour ajouter 200 chaînes de télévision.
FORTE DEMANDE
Si Google ne publie pas de chiffres détaillés, plusieurs signes semblent indiquer que la demande existe. Dans les villes où Fiber est déjà présent, la société a dû mal à relier au réseau toutes les personnes intéressées. Les municipalités font aussi la cour au moteur de recherche pour être les prochaines sur la liste - et elles sont prêtes à prendre en charge une partie des coûts de construction. Dans plusieurs villes, des groupes se forment pour obtenir le service.
Un essor de l'Internet très haut débit serait bénéfique pour Google. "Les gens font plus de choses sur Internet quand ils ont un accès rapide. Ils sont moins actifs quand la vitesse est lente", explique Kevin Lo, un des responsables de Fiber chez Google. Or, le niveau de chiffre d'affaires de la société dépend du niveau d'activité des internautes: plus ils surfent sur le Web, plus le moteur de recherche peut vendre de la publicité et plus il gagne de l'argent.
Outre un accès à très haut débit, Fiber propose aussi un accès gratuit, avec un vitesse de connexion de 5Mbps. Une seule condition: payer 300 dollars pour financer la construction de la ligne. Avec cette option, Google pourrait toucher un public qui ne peut se payer un abonnement chez un câblo-opérateur. Selon le Pew Research Center, 22% des foyers américains ne sont pas encore raccordés à un réseau haut débit. Autant de potentielles cibles pour les annonceurs.
FAIRE PRESSION SUR LES OPÉRATEURS
Malgré toutes ces raisons, Jonathan Atkin, de RBC Capital, demeure réservé sur les intentions de la société de Mountain View. S'il reconnait que "Google a les moyens financiers de faire tout ce qu'il veut", l'analyste doute que la société "dépensera les importantes sommes nécessaires pour réellement dominer ce marché". Autrement dit: Fiber ne serait qu'une activité annexe, concentrée sur quelques marchés, dont le principal objectif serait de faire pression sur les fournisseurs d'accès.
Les objectifs seraient alors multiples. Tout d'abord, les pousser à investir dans la fibre optique. AT&T a été le premier à réagir fin 2013 en lançant son réseau très haut débit à Austin. Ses concurrents restent encore peu actifs. Google espère aussi peser sur les prix pour que les offres des opérateurs soient accessibles au plus grand monde. Verizon propose déjà des vitesses de 500Mbps mais elles sont commercialisées partir de 350 dollars par mois !
Le géant du web veut également maintenir la pression sur les questions de neutralité du net. Si les fournisseurs d'accès se montrent trop gourmands ou décident de limiter le débit sur ses services (notamment YouTube), Google pourrait riposter en s'attaquant directement à leur activité - et à leurs profits. Même chose sur les abonnements à consommation limitée de données, que Comcast, le premier câblo-opérateur du pays, expérimente. Et qui représentent une menace pour les recettes publicitaires de Google.

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